Autres peintres

jeudi 16 septembre 2010
par Stéphanie Cornil, Isabelle Osche, Patricia Rossi
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Autres peintres

Chapelle Notre Dame d’Entrevignes

Emplacement

France 43° 52’ 21.1044" N, 6° 57’ 54.576" E

Située à 3,5 Km du village de Sigale sur la route en direction de Roquesteron, cette chapelle rurale date du XVe siècle. Sa construction s’inscrit dans un modèle classique courant dans la région. A l’intérieur la nef est recouverte d’une voûte en berceau, le chœur en voûtes d’arêtes, Le chevet est plat.

A l’intrados de l’arc doubleau sont représentés les Prophètes et ancêtres du Christ : Quatre d’entre eux sont bien conservés : Salomon - Isaïe - David - Balan.

Les scènes à découvrir sur le chevet, les voûtains et murs latéraux racontent la vie de Marie :
- Au chevet, rencontre d’Anne et Joachim.
- Au voûtain gauche, Nativité de Marie.
- Présentation au Temple.
- Annonciation
- Visitation
- Suspicion de Joseph
- Assomption et Couronnement

Il est inhabituel de voir un cycle aussi complet consacré à la Vierge sans présence de son Fils. Ces scènes proviennent généralement de textes apocryphes. Ceci fait l’originalité de cette chapelle. • Autres peintres • Sigale

Chapelle Saint Sébastien

Emplacement

France 44° 5’ 34.224" N, 7° 3’ 3.8772" E

Au pied du village de Roubion, au lieu dit « Collet de la Font » se dresse une modeste chapelle offerte par un donateur pour protéger les villageois de la peste. Monsieur Erige Lubonis et son fils ont la volonté et « le désir de laisser un souvenir salutaire par le moyen d’une pieuse dévotion ». L’acte notarié est daté du 12 avril 1513.

Il est surprenant de constater que les peintures murales recouvrent non seulement les parois intérieures, mais aussi le mur nord où l’on « Saint Michel terrasse le dragon ». A l’intérieur, douze scènes peintes sur la voûte et les cotés reprennent le cycle de la vie du saint et sont explicitées par des légendes en caractère gothique en ancien provençal. La cavalcade des vices et des vertus occupe la partie inférieure.

Au chevet

La Crucifixion : Le Christ entre la Vierge, saint Jean baptiste et Marie Madeleine. Cette scène domine trois compartiments : au centre la Sagittation, à gauche une Piéta, à droite saint Antoine abbé et saint Maur. Des pilastres renaissance ornés d’arabesques délimitent chaque panneau.

La lecture se poursuit, coté droit, de droite à gauche : saint Sébastien armé chevalier, le saint prêchant, Sébastien réconforte Marc et Marcellin. En haut l’Ange apparaît à Sébastien, Arrestation, Flagellation. En bas, Sébastien devant Dioclétien, Sébastien assommé, Sébastien jeté au cloaque.

Sur le mur gauche, on voit l’apparition de Sainte Lucine, cette dernière fait extraire le corps du saint du cloaque, et le cycle se termine par l’office funèbre de Saint Sébastien.

Dans la partie inférieure apparaît le thème fort prisé des vices et des vertus. Il semble nécessaire de prêcher les valeurs chrétiennes au moyen des ces images populaires qui parlent à chacun. Les vertus se trouvent sur la droite, représentées par des jeunes vierges, selon une tradition qui remonte aux premiers temps de l’ère chrétienne. Jacques Thirion fait remarquer que la Foi est souvent omise dans les représentations de nos simples chapelles, elle est une évidence et n’a pas besoin d’être prêchée, tout comme l’Espérance. Par contre il est toujours nécessaire d’inciter à la Diligence, la Charité, la Tempérance, la Patience, la Chasteté, la Largesse et l’Humilité. A gauche de la scène, le prêtre agenouillé représente Erige Lubonis, le donateur, qui desservit la chapelle de 1513 à 1518. Sur le mur d’en face, suivant une tradition souvent adoptée dans le comté de Nice, les vices sont incarnés par des animaux, formant une cavalcade endiablée qui se jette dans la gueule de l’enfer. Les images simples s’adressent au paysan qui connaît bien ses animaux et tous leurs défauts, il reconnaîtra sans erreur la paresse de son âne ou l’avidité de son chien. On peut remarquer que cette iconographie n’est pas aussi commune en Piémont, où les Vices sont plutôt représentés par l’image de leurs effets et châtiments, selon une vision traditionnelle en Europe au Moyen-Age.

• Autres peintres • Roubion

Retable Notre Dame du Bon Secours

Emplacement

France 43° 57’ 20.574" N, 6° 53’ 42.9036" E

Le panneau central couvre toute la hauteur du retable, donnant à l’image du Christ une dimension monumentale. Il est représenté dévêtu, montrant ses plaies, debout sur le repose-pieds de la croix à laquelle sont fixés les instruments de la Passion.

Pourtant, c’est bien l’image de la Vierge du Secours qui est le thème central de ce tableau, Vierge qui prend l’humanité sous sa protection, non plus dans l’iconographie désormais commune au Comté de Nice du « Manteau de Protection », mais dans celle très inhabituelle de la Vierge qui a le pouvoir d’intercéder auprès du Christ en vertu de sa maternité. Elle se présente à son Fils comme celle qui l’a nourri de son sein qu’elle dévoile délicatement. Ce thème, rarement représenté dans la région, ou même en Italie, est plus commun à l’Europe du Nord, où circulent dès le 14ème siècle des illustrations du Speculum Humanae Salvationis, grand poème populaire et religieux sur l’histoire de l’humanité et de sa Rédemption, où Marie apparaît comme « protectrice des pécheurs » au chapitre 38. L’iconographie de ce retable emprunte un thème du chapitre 39 « Marie montre ses mamelles », dont les représentations circulent dans les contrées du nord de l’Europe avec lesquelles l’artiste témoigne de liens évidents. Le texte figurant dans l’inscription répète ce thème avec une citation du De Laudibus Beatae Mariae Virginis d’Arnaud de Chartres, ami et biographe de St Bernard à qui l’ouvrage est parfois attribué (la citation est signée « Bernardus »).

La Vierge est représentée debout, levant le regard sur son fils, montrant de sa main gauche le personnage qui est en face d’elle. Il s’agit du donateur, personnage noble vêtu en homme de loi représentant sans doute la communauté pour qui la vierge doit intercéder. Derrière cet homme suppliant, une colonne massive couronnée d’un chapiteau antique représente la flagellation, avec une corde entourée autour du fût, nouée par une boucle qui se retrouve à la ceinture de la Vierge et à celle de St Nicolas de Tolentino, les reliant dans une vision trinitaire au sacrifice du Sauveur de l’Humanité . Un coq perché sur le chapiteau représente le reniement de saint Pierre. En arrière-plan, une rivière se perd dans l’infini à travers les rochers qui symbolisent le Christ. On peut remarquer la richesse de la représentation symbolique qui marque cette œuvre, en faisant un message non pas populaire, mais une oeuvre savante adressée à des religieux lettrés, invités par le donateur à adhérer au message dogmatique qui est proposé.

Le panneau de gauche représente saint Nicolas de Tolentino, protecteur de l’ordre des Augustins, c’est pour le couvent des chanoines de St Augustin de Puget-Théniers que l’œuvre a été commandée. Elle est restée dans leur église conventuelle Notre-Dame de Pitié, jusqu’à leur suppression en 1783. Le saint est représenté debout montrant un livre où l’on peut lire « Precepta patris mei augustini servavi » (Je suis la règle de mon Père spirituel Augustin). St Nicolas de Tolentino est invoqué pour la guérison des malades, et pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Autrefois, on distribuait aux malades des petits pains bénis ornés d’une croix le jour de sa fête (10 septembre). Cette tradition se retrouvait à Puget-Théniers, mais aussi à Nice dans les églises du Vœu et de Saint Augustin, où le saint était invoqué. On relate que la Vierge était apparue à ce moine augustin alors qu’il était malade, et lui avait donné un petit pain. Aussitôt qu’il le mangea, il fut guéri.

A droite, saint Jacques est représenté en pèlerin, avec le bourdon et un livre à la main.

Au registre supérieur, les saints sont représentés à mi-corps. A gauche, saint Martin, l’évêque de Tours, qui est très vénéré dans les Alpes Maritimes, comme protecteur dans les passages dangereux. Il a la réputation de déjouer les ruses du diable. A droite, saint Bernardin de Sienne représenté avec un livre où figure le monogramme du Christ IHS qu’il passe pour avoir créé. Les trois mitres évoquent son refus trois fois répété d’être nommé évêque.

L’intensité de la couleur est toute aussi surprenante que celle du modelé des figures. La puissance d’un bleu, vert ou « rouge de Venise » marque les emprunts italiens de l’artiste.

Les boiseries très travaillées présentent un mélange de gothique et renaissance que l’on peut également observer à villars. Des armes y figurent, portées par les Anges dans les écoinçons, on y reconnaît celles de la Savoie.

• Autres peintres • Puget-Theniers

Vierge de la Miséricorde

Emplacement

France 43° 41’ 45.2292" N, 7° 16’ 30.8064" E

Chapelle des Pénitents-Noirs dite de la Miséricorde.

On ne connaît rien sur l’origine de ce tableau qui se trouva très dégradé après deux siècles d’exposition sous un auvent à l’extérieur de la chapelle. Il fut repeint en 1874 par un restaurateur du Louvre du nom de David. Il aurait rédigé l’inscription : « Peint par Brea en 1465 ». L’œuvre est reprise à plusieurs reprises par la suite.

La peinture représente une Vierge à l’Enfant protégeant l’Humanité sous son manteau de miséricorde. Selon une iconographie traditionnelle, les clercs sont représentés à sa droite et le laïcs à gauche. Elle est vêtue d’une robe de brocart richement ornée, d’une richesse et précision de détail atteignant rarement un tel niveau dans la peinture de louis Bréa, même à Biot où le brocart apparaît aussi sous le manteau. A cette scène s’ajoute de façon inhabituelle le thème du Couronnement de la Vierge. Au-dessus d’elle, deux anges portent sa couronne, et tiennent en main un long phylactère. On peut y lire : « conception tua dei genitrix » et « salve regina misericordie vita dulcedo ». Le paysage en arrière plan semble être celui de la ville de Nice et de la Baie des Anges. Luc Thévenon y identifie le château et la porte du pont Saint-Antoine. Note sur le Manteau protecteur de la Vierge : Le motif du manteau protecteur de Marie appartient au premier fonds de la mariophanie du Haut Moyen Âge. Il circule ensuite dans l’hagiographie byzantine comme en témoigne, par exemple, la Vie de saint André le Fol composée par Nicéphore dans la première moitié du Xe siècle : « André vit nettement de ses yeux une Dame, de stature très élevée, s’avancer dans sa parure féminine, hors des portes royales, environnée d’un cortège harmonieux […]. La prière terminée, elle s’approcha du sanctuaire, recommença à prier pour le peuple qui l’entourait. Alors, le voile étincelant, elle l’écarta, et, le déployant avec une majesté imposante, elle le maintint étendu de ses mains sans tâches, elle en couvrit tout le peuple qui se tenait au-dessous. Et durant un temps assez considérable, ces hommes admirables, Épiphane et André, le contemplèrent, déroulé au-dessus de la foule et laissant rayonner tout autour une gloire divine, à la manière de l’électrum »

En Occident, il faut attendre le XIe siècle pour que la littérature latine des miracles de la Vierge donne à nouveau réception au motif visionnaire au moment où les mentalités, redécouvrant l’humanité du Christ, découvrent aussi celle de sa Mère et lancent véritablement le culte marial en Occident.

À la fin du XIIIe siècle, à elle seule, Marie est devenue la forme de toutes les formes, le corps de tous les corps puisqu’elle est à la fois comparée à l’univers et à l’Église, à l’infiniment petit et à l’infiniment grand.

Au siècle où l’exégèse définit cette construction vertigineuse, le manteau de Marie devient alors lui-même dans les récits visionnaires le « corps » d’un corps d’Église à part entière : celui des ordres religieux.

En formulant une stricte parenté entre « la Vierge comme vêtement du Christ » et « le Christ comme robe de Marie », le langage exégétique du XIIIe siècle a posé les véritables conditions d’une transposition visionnaire de cette homologie. Dès lors, entrer sous le manteau de Marie a aussi signifié « revêtir le Christ » (Rm. 13, 14 ; Ga. 3, 27). On comprend alors la fortune tant narrative qu’iconographique du thème au XIIIe siècle dont Jean Delumeau a montré qu’elle allait de pair au XIVe siècle avec le développement des confréries. Jouant principalement de la définition métaphorique du corps du Christ comme corps d’Incarnation et comme corps d’Église, les auteurs ont alors déployé la robe mariale selon le prodigieux angle d’ouverture qui était le leur. Le manteau de la Vierge est ainsi devenu synonyme d’un « corps » idéal où pouvait prendre place tous ceux qui franchissaient l’enceinte du péché pour entrer dans le sein de l’Église. C’est alors que ce manteau de Marie pouvait protéger, c’est-à-dire contrôler en même temps qu’introduire les hommes dans la lumière du Christ Sauveur et Rédempteur.

• Autres peintres • Nice

Retable de Saint Jean-Baptiste

Emplacement

Place Robini Villars-sur-Var France 43° 56’ 13.3584" N, 7° 5’ 50.73" E

Le retable était consacré à saint Jean-Baptiste, sa prédelle comportait des scènes de la vie du précurseur. Il proviendrait de la chapelle du château de Villars, possession des Grimaldi de Beuil. Il aurait été transféré à l’église de Villars durant le 19ème siècle.

Le tableau a été restauré et modifié dans sa disposition.

Le compartiment central du registre inférieur est occupé par une statue de la Vierge et l’Enfant qui a remplacé la statue de St Jean-Baptiste sculptée à l’origine par Mathieu d’Anvers. A gauche sont représentés sainte Claire et saint François, à droite, sainte Lucie et saint Honorat.

Au registre supérieur, une scène centrale de Mise au Tombeau œuvre de toute beauté, entourée par saint Antoine de Padoue à gauche et saint Roch à droite.

Le retable a conservé son revers : au centre, le couronnement de la Vierge est présenté entre l’Adoration des Mages et la Fuite en Egypte.

L’œuvre fut autrefois attribuée à Louis Bréa, mais le style en est très éloigné. La remarquable illustration de la Mise au Tombeau que nous en donne Jean-Loup Fontana nous permet d’en observer tous les détails et de percevoir le style et la présence dramatique des personnages. L’œuvre est à rapprocher d’Antoine Ronzen et lui est généralement attribuée. On y reconnaît les visages expressifs aux traits parfois saillants de la représentation hollandaise, et la richesse des matières et surtout des coloris de l’art vénitien.

Cependant, claire-Lise Schwok remarque que les personnages de saint François, saint Roch et le Couronnement de la Vierge semblent être d’une autre main, qui pourrait être celle d’Antoine Bréa. Celui-ci est attesté à Marseille en 1512, collaborant avec Antoine Ronzen, une collaboration qui se poursuivit probablement pour le retable de la Crucifixion de Saint Maximin.

• Autres peintres • Villars-Sur-Var

Cycle de Saint Sébastien

Emplacement

Venanson France 44° 3’ 12.9816" N, 7° 15’ 12.3228" E

A plus de quatre kilomètres de St.Martin Vésubie, s’élève tel un nid d’aigle à 1 164 m d’altitude, le village de Venanson. Sur la place du village se dresse la chapelle Saint Sébastien. Cet édifice d’une seule travée voûtée en plein cintre, à fond plat, est décoré de peintures murales. Edifiée en 1481 par la commune de Venanson, une inscription en lettres gothiques nous renseigne sur les commanditaires et mentionne le nom du peintre Jean Baleison. Comme en témoigne Christine Lorgues-Lapouge, "l’ordonnance de la composition et l’utilisation remarquable des espaces fait de cette chapelle l’un des ensembles le plus achevé des peintures murales du Comté de Nice".

les peintures murales couvrent le chevet, la voûte et les murs latéraux. Suivant la tradition, la composition du fond se présente comme un triptyque surmonté d’un fronton où est présentée une Crucifixion. Au registre inférieur se déroulent les scènes suivantes :
- la Sagittation de saint Sébastien, entouré de quatre archers devant le château st. Ange. A gauche, saint Grat, évêque d’Aoste, portant la tête de saint Jean Baptiste. A droite, saint Roch montrant ses plaies (stigmates de la peste).

Sur la voûte et les murs latéraux sont représentées les scènes de la vie et la mort du saint. Douze scènes sont réparties par trois pour raconter la légende de saint Sébastien : Au registre supérieur de gauche à droite :
- Saint Sébastien armé chevalier par Dioclétien.
- Le saint encourage Marc et Marcellin dans leur prison - les familles de Marc et Marcellin les supplient d’abjurer.

Au registre inférieur :

- Sébastien enseignant la vraie foi à des femmes agenouillées. Sur le phylactère, un verset du psaume 115, « Leurs idoles en or et argent, une œuvre de main d’hommes. Elles ont une bouche et ne parlent pas, elles ont des yeux et ne voient pas. »
- Sébastien se justifie devant l’empereur.
- Sébastien fait tomber une idole par un signe de croix.

Coté droit, registre supérieur :
- Sébastien rapporte les flèches à l’empereur.
- la mort de sébastien, deux bourreaux l’assomment, son âme est emportée par un ange.
- Sébastien est jeté au cloaque.

Registre inférieur :
- Sainte Lucine fait retirer le corps de l’égout
- Ensevelissement de saint Sébastien
- Le saint arrête une épidémie de peste.

Au dessous le cycle de saint Sébastien est complété par la représentation de chaque coté, de saintes et saints de plein pied placés dans des niches, représentés avec leurs attributs :

A droite,

- Sainte Apolline avec ses tenailles, elle fut martyrisée à Alexandrie, ses dents furent brisées, elle est invoquée pour les maux de dents.
- Sainte Barbe et la tour, enfermée dans une tour par son père à cause de sa beauté et de ses prétendants, elle fit percer une troisième fenêtre en l’honneur de la Trinité.
- Saint Blaise et le cardoir, évêque martyr en 316, déchiqueté par un peigne à carder, il est le patron des animaux sauvages, des cardeurs, il est invoqué pour les maux de gorge.
- Saint Laurent, diacre martyrisé en 258. Le grill représente son supplice.

A gauche,

- Saint Nicolas de Myre, où il fut évêque, protecteur des marins et des enfants, il représenté avec trois bourses, il aurait doté trois jeunes filles pauvres.
- Saint Bernard des Alpes ou de Menthon, tenant en laisse un dragon, protecteur des pèlerins et voyageurs
- Saint Maur abbé, représenté avec une mitre, succéda à saint Benoît au VIe siècle.
- Sainte Catherine d’Alexandrie, la palme et la roue évoquant son martyre.
- Sainte Marguerite « issant du dragon ». (Voir retable de Fréjus et de Luceram).
- Sainte claire d’Assise, comme saint François d’Assise fit vœu de pauvreté et fonda l’ordre des clarisses.

Autres thèmes présentés : La cavalcade des Vices et des Vertus (malheureusement partiellement effacée) et la Bonne et la Mauvaise Prière, thème également présent à la chapelle Notre Dame du Bon Cœur à Luceram : au centre, le Christ en Croix entouré de deux hommes en prière, un religieux et un laïque. Au bas de la scène dans un phylactère, la légende : « SI COR NON ORAT, IN VANUM LINGUA LABORAT ». Si le cœur ne prie, la langue travaille en vain.

• Autres peintres • Venanson

Retable de la Passion

Emplacement

Utelle France 43° 55’ 1.5888" N, 7° 14’ 49.7256" E

En pénétrant dans l’église Saint Véran d’Utelle, le visiteur est surpris par la monumentalité grandiose du retable en bois de noyé ciré situé derrière le maître autel. Le retable mesure 7m50 de haut et 4m50 de large. Cette œuvre monumentale se décompose en une prédelle et deux étages se terminant par un fronton triangulaire. La prédelle de 1m26 de haut est composée de treize panneaux séparés par de petites colonnes ioniques. Les scènes présentées annoncent la Passion du christ : Entrée à Jérusalem, Pâques, le Lavement des Pieds, Jésus au Jardin des Oliviers, l’Arrivée de Judas, Jésus en prière. Au centre, le tabernacle est décoré de putti. En contournant le tabernacle le cycle se poursuit : Pierre coupant l’oreille de Malchus, l’Arrestation de Jésus, le Reniement de Pierre, Jésus chez Anna, lequel déchire sa robe, Jésus chez le caife, Jésus devant Hérode, Jésus devant Pilate. Au deuxième étage le baldaquin central est orné de colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens de 3 m de haut, habillées de draperies ornées d’éléments décoratifs, des bucranes, des têtes de lion portant des rinceaux de feuillages et de fruits. Au fond de ce panneau une arcade est voilée d’une draperie, deux personnages en prière sont entourés d’une multitude de personnes qu’ils dominent par leur taille. Alexis Mossa identifie cette scène comme représentant le thème de la bonne et la mauvaise prière. Christiane Lorgues-Lapouge pense qu’il s’agit du portrait des donateurs. De chaque coté de ce panneau accueillant un saint Véran monumental masquant cette scène centrale, s’étagent quatre panneaux : à gauche le Portement de Croix, en bas, le Christ à la Colonne, au-dessus, le Christ aux Outrages, en bas à droite le Couronnement d’épines, au-dessus Pilate se lavant les mains. Au troisième étage trois scènes en bas relief : à gauche le Portement de Croix, dans le panneau central la Vierge s’évanouit, en avant corps une Crucifixion en ronde bosse qui aurait été rajoutée d’après Alexis Mossa, qui ne l’a pas vue figurer sur une ancienne photo. A droite, la Mise au Tombeau. La découverte de cette œuvre inédite requiert une attention toute particulière tenant compte de l’ampleur de l’œuvre et donc de la distance considérable qui sépare le spectateur des scènes. L’artiste a opéré une progression dans la sculpture réalisée en bas-relief dans les parties les plus proches, en haut-relief dans la partie médiane et en ronde bosse au sommet. On peut apprécier des éléments symboliques tels qu’ils apparaissent dans la peinture de l’époque. Dans le retable de la Déposition attribué à Louis Bréa de 1520, le paysage montre en arrière plan l’arbre sec sur un rocher stérile. Sur l’axe vertical au centre du panneau se dresse l’arbre vert au tronc auquel s’enroule une liane desséchée rappelant la tentation d’Adam et Eve au Paradis qui s’enroulait sur l’Arbre de la Connaissance. Dans le Retable de la Passion, en arrière plan de la Déposition figure le Golgotha et trois croix. En position centrale l’arbre se reverdit, un rameau est tendu vers la Croix de Jésus. D’après Jean-Loup Fontana : « La croix, vivifiée par la victime immolée, est assimilée à un arbre plein de sève porteur de nombreux rameaux et de riches fructifications. A l’inverse le tronc creux et desséché symbolise la synagogue qui fut la vie mais qui est désormais rejetée ». La sculpture montre une vérité d’expression exceptionnelle. Les scènes sont d’une impressionnante richesse de personnages. L’abondance des détails et l’intensité pathétique de l’expression devaient frapper le voyageur qui s’arrêtait dans cette église et se trouvait saisi par ces images de la Passion.

• Autres peintres • Utelle

Chapelle des Pénitents Blancs, Passion

Emplacement

La Tour sur Tinée France 43° 56’ 49.6824" N, 7° 11’ 19.806" E

La chapelle des pénitents est située sur le chemin Qui reliait Nice En passant par Utelle, à la vallée de la Tinée.

Le sanctuaire comprend selon un plan classique deux travées voûtées en berceau avec un chevet. L’une des travées a été rajoutée en 1672.

Des peintures murales en couvrent les murs. Elles ont été commandées au nom de « toute la communauté ». Elles sont datées du 23 août 1491, une inscription révèle le nom des deux peintres qui ont œuvré dans cette chapelle : « PER MAGISTROS CURRAUDI BREVISI ET GUIRARDI NADALI PITTORES DE NICIA ET COMPATRES IN NOMINE DOMINI ».

Les thèmes représentés sont : Les vices et les vertus et la Passion du Christ ainsi que les marchands chassés du temple.

- La voûte : les peintures murales représentant le Christ et les emblèmes des quatre Evangélistes est postérieur aux autres scènes.

- Au chevet : Le jugement dernier. Une inscription précise que ces peintures ont été réalisées en l’honneur de la Vierge et des saints Antoine, Bernard et Brigitte. La scène est impressionnante, le Christ au milieu des nuages revêtu d’un manteau brun rouge est assis sur en arc en ciel, ses plaies sont visibles, de sa bouche sort l’épée apocalyptique. A la droite du christ, Marie est agenouillée tandis que Jean-Baptiste est agenouillé à sa gauche. Les anges sonnent la trompette invitant les morts à sortir de leur tombe : « SURGITE MORTUI, VENITE AD IUDICIU DEI ».

Au registre inférieur, à droite du juge, Saint Pierre et les Elus : de grande taille saint Pierre secondé par un autre ange conduit six élus, nus, vers le paradis qui est une citadelle crénelée. A gauche du juge : les damnés sont conduits en enfer par les démons. Tout à droite, la gueule béante du Léviathan vers lequel se dirige le cortège des réprouvés, Les descriptions sont hideuses et menaçantes afin d’inspirer la crainte aux fidèles. Alignés comme dans un triptyque, entre ces tableaux, sont représentés :
- Saint Bernard des Alpes tenant d’une main un démon enchaîné, de l’autre une croix de Lorraine, -Marie et l’enfant Jésus jouant avec un moulinet.
- Sainte Brigitte foulant un démon à ses pieds.

Sur les cotés :

à droite, La Passion :
- Entrée à Jérusalem
- Les marchands chassés du temple
- La dernière Cène
- Agonie au Jardin des Oliviers
- Entrée des soldats

Au registre supérieur :

- Arrestation du Christ
- Jésus amené devant Caïphe
- Flagellation
- Couronnement d’Epines et outrages
- Ponce Pilate se lave les mains

Coté gauche registre inférieur :

- Portement de Croix
- Crucifiement
- Crucifixion
- Descente de Croix
- Mise au Tombeau

Coté droit registre inférieur :

- Résurrection
- Descente aux enfers
- L’ange et les saintes femmes
- Apparition du christ à Marie Madeleine.

Les Vertus placées du côté des Elus et du Paradis et les Vices placés du côté de l’Enfer Mettent en garde le fidèle et l’encouragent à mener une vie de dévotion.

• Autres peintres • Tour (La)

Fresques de Saint Grat

Emplacement

Lucéram France 43° 53’ 19.3452" N, 7° 21’ 3.4884" E

Le voyageur était accueilli, arrivant de la côte, par le petit sanctuaire largement ouvert vers l’extérieur. Ce modeste édifice est la chapelle dédiée à saint Grat, le saint qui par excellence protège les récoltes et détruit la vermine des champs. Nombre de chapelles de la région lui sont dédiées.

D’une seule travée voûtée d’une croisée d’ogives, la chapelle révèle les peintures murales du XVe siècle attribuées à Jean Baleison.

La voûte présente les quatre Evangélistes, tels des scribes assis en tailleur, l’évangile sur les genoux, chaque tableau est bordé d’une frise de trèfles à rapprocher de celle de Notre Dame des Fontaines, et accompagné de phylactères explicatifs : Saint Jean « …In principi erat verbu et verbo erat apud deu et… » –Au commencement était la parole et la parole était avec Dieu. Saint Mathieu : « Cum natus esset ihs en betelem iude… » (verset de l’Epiphanie). Saint Luc : « Missus e angelus gabriel a deo in… » (verset relatif à l’Annonciation) Saint Marc : « recumbentibus undecim discipulis apparuit » (verset relatif à l’apparition du Christ aux onze disciples avant l’Ascension.

Au chevet, dans une représentation de triptyque orné d’un somptueux encadrement de style gothique, trois personnages sont présentés :

Au centre une madone est assise sur un trône, le petit enfant qu’elle tient sur les genoux, joue avec la colombe, il porte au cou un collier de corail (détail de nombreux « bambini » du quattrocento, à rapprocher de l’Enfant Jésus figurant avec son collier de corail sur les genoux de la Vierge, dans un retable attribué à Jean Canavesio, à Taggia).

A gauche, saint Grat, évêque d’Aoste, porte la tête de saint Jean Baptiste qu’il ramène d’Orient. Il est généralement invoqué contre les parasites et intempéries détruisant les récoltes et son efficacité n’est plus à prouver. Paul Canestrier cite un théologien de Sospel qui déclare que « lorsqu’on porte les reliques de saint Grat, les petits vers et les sauterelles tombent en morceau. L’eau de saint Grat, bénite selon une formule spéciale, met en fuite les taupes ». Il relate également que le pape Benoît XIV mentionne que « saint Grat avait coutume de bénir l’eau pour délivrer la terre des animaux qui portaient préjudice à ses fruits et que, par sa vertu et par ses prières, il délivra à trois milles de distance les campagnes d’Aoste des rats qui en dévastaient les récoltes ».

A droite, saint Sébastien est vêtu en damoiseau, tenant une flèche qui rappelle son martyre. A l’extérieur du cadre du « triptyque » sont représentés saint Denis à gauche et à droite sainte Catherine.

• Autres peintres • Luceram

Retable de Saint Etienne

Emplacement

Gréolières France 43° 47’ 42.5472" N, 6° 56’ 32.928" E

Le retable comporte sept compartiments, il serait daté de 1480.

Saint Etienne est au centre de plein pied entre saint Jean-Baptiste et saint Antoine. Le saint tient dans sa main droite la palme des martyrs. Contre sa tête une pierre rappelle son supplice, la lapidation, dans sa main gauche, il tient un livre ouvert. Il porte la tenue des diacres, une dalmatique ornée de fleurs et décors rouges sur fond or. « Le saint est inoubliable, avec les fleur rouges de sa dalmatique, les filets de sang sur sa joue »(V.H.Debidour). Les fonds ne sont pas dorés, des tentures à ramages ont été choisies, un camaïeu gris vert pour le sujet central, beige pour les sujets latéraux. Le sol carrelé rouge et bige étend l’effet de perspective de manière homogène aux trois compartiments.

A gauche saint Jean-Baptiste présente l’agneau sur un livre de sa main gauche, sa peau de bête est recouverte d’un élégant manteau rouge.

A droite, saint Antoine l’ermite tient un livre d’une main et de l’autre le bâton muni d’une clochette dont la fonction est d’éloigner le démon.

Au registre supérieur : le tableau central représentant un Christ de Pitié entre Marie et Jean est mis en scène dans une composition symbolique : au pied de la croix prend naissance un chemin s’éloignant vers l’infini entre deux montagnes symétriques. Les deux montagnes s’étendent aux panneaux latéraux. A gauche Saint Georges en armure et à cheval, perce d’une lance un dragon. A droite, Saint Michel terrasse un dragon, ses ailes à demi déployées dessinent un M.

Dans la prédelle, sur un fond en camaïeu de bleu, le Christ est entouré des Apôtres.

Cycle de Saint Sébastien

Emplacement

Entraunes France 44° 11’ 15.5436" N, 6° 44’ 51.288" E

La chapelle dédiée à Saint Sébastien est située à l’extérieur du village à proximité d’un pont. Cette chapelle fut décorée de peintures murales réalisées par Andrea de Cella

Sur le mur du fond de la chapelle la composition imite celle d’un polyptyque de huit panneaux. Au centre, la Sagittation de Saint Sébastien ,dénudé, livré aux flèches décochées par deux archers. Le saint est couronné par deux anges. A sa gauche saint Roch, à sa droite sainte Brigitte occupent le registre principal. Au dessus : saint Antoine de Padoue et sainte Hélène. Dans le registre supérieur, deux thèmes sont en présence : La Crucifixion et l’Annonciation. La représentation de l’Annonciation est inhabituelle : Marie est à gauche et l’ange à droite, sa main présente un phylactère « …Gracia plena… ».

Le choix des trois saints majeurs marque bien le rôle protecteur de la chapelle. Saint Sébastien est de loin le saint le plus représenté dans l’iconographie régionale pour protéger contre la peste symbolisée par les flèches qui le transpercent. Ce rôle lui incombe depuis l’intercession de Sébastien mettant fin à la peste qui désolait Rome en 680. Saint Roch est aussi bien souvent invoqué dans notre région. Il présente ses plaies de pestiféré. Ce saint du 14ème siècle s’imposa vite auprès de saint Sébastien pour protéger contre la peste. Les cultes populaires n’hésitent pas à s’enrichir de saints nouveaux qui ont démontré leur efficacité. En 1414, les évêques réunis en concile général à Constance avaient fait une procession solennelle en l’honneur du saint pour faire cesser la peste, et le fléau de la maladie s’interrompit. L’image de saint Roch devint très populaire. Quant à sainte Brigitte, elle domine les forces du mal et protège donc contre les esprits malfaisants.

Les tableaux de ce « polyptyque » sont séparés par de fausses boiseries, imitant des pilastres à chapiteaux et des corniches à modillons ornées de motifs renaissance. Comme le souligne Christine Lorgues-Lapouge « Le retable étant considéré comme un arc triomphal éternel, André de cella a ainsi voulu tout particulièrement honorer Saint Sébastien ».

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Cycle de Saint Sébastien

Emplacement

Coaraze France 43° 51’ 46.5768" N, 7° 17’ 29.976" E

La petite chapelle dédiée à Saint Sébastien est située non loin du village de Coaraze. Le long du sentier muletier reliant Nice à la vallée de la Vésubie, cette chapelle représentait une véritable barrière mystique qui protégeait la population de la peste. L’édifice d’une grande sobriété ne comporte qu’une seule travée en berceau. Il était, nous le supposons, recouvert de peintures murales réalisées en 1530 par un artiste inconnu. Alexis Mossa avait découvert l’existence de cette chapelle, l’avait répertoriée en vue de l’exposition rétrospective de l’Art Local organisée par la société des Beaux Arts en 1912.

Le tableau central au chevet représente la Sagittation de Saint Sébastien, entouré deux saintes martyres avec leurs attributs. Sur le mur du fond apparaît Saint Sébastien attaché à une colonne surmontée d’un chapiteau corinthien sous un porche, l’encadrement ogival est décoré d’arabesques et de rinceaux. Le saint est nu, criblé de flèches, tirées par deux archers se présentant l’un de profil l’autre de face, le visage du martyr reste impassible, serein, étranger à la scène qui est en train de se dérouler. Les saintes qui entourent saint Sébastien sont à gauche sainte Ursule portant sa palme de martyre et un livre, à droite sainte Lucie présentant ses yeux sur un plateau et la palme.

La voûte Dans une mandorle le Père Eternel se détache du décor de plafond à caissons. Il est assis, ses pieds reposant sur des nuages. Il bénit le monde de son bras droit et tient dans l’autre main le globe du monde.

Mur de droite Deux tableaux ont été conservés. Selon Paul Roque, le premier représenterait le saint transporté en présence de sainte Lucie et le second représenterait l’inhumation. Mme C. Lorgues-Lapouge propose une autre interprétation du deuxième tableau : non pas l’ensevelissement du saint mais le moment où le saint est retiré du cloaque.

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Cycle de Saint Antoine, Crucifixion

Emplacement

Chemin de Saint-Antoine Clans France 43° 59’ 30.8544" N, 7° 8’ 40.0596" E

Cette chapelle d’apparence modeste située au carrefour d’anciens sentiers muletiers, protège des peintures murales datant du 15ème siècle relatant la vie de saint Antoine. L’auteur anonyme, probablement originaire de Lombardie, avait décrit en 36 panneaux la vie du saint ermite rejoignant le désert où il mourut âgé de 105 ans. Chacune des scènes ponctue une étape décisive ou un événement significatif de sa longue vie.

Saint Antoine est né en Haute Egypte près d’Héraclès, en 250. Sa vie est révélée par Athanase d’une part et d’autre part dans la vie de saint Paul par saint Jérôme. Le saint est habituellement représenté en moine avec une belle barbe blanche. Il est en compagnie d’un petit cochon et tient dans sa main le bâton en forme de T (tau grec) rappelant la croix sans sommet qui lui sert de crosse abbatiale.

Ermite du désert du Sinaï, où il s’était retiré aux cotés de St. Paul de Thèbes, il était invoqué comme protecteur de la gangrène, du « feu de St. Antoine » et du zona, mais il fut aussi l’un des premiers protecteurs contre le mauvais sort, et toutes sortes d’autres épidémies, la peste en particulier. Son rôle est important dans les campagnes où il protège les bestiaux des maladies ainsi que de la foudre et du feu. Ainsi, ses représentations sont nombreuses dans le Comté de Nice et plusieurs chapelles lui sont attribuées.

La protection de saint Antoine s’exerce à travers les grandes abbayes de l’ordre des Antonins, dont les religieux protègent et soignent les populations du « mal des ardents ». Le saint est souvent représenté accompagné d’un petit cochon qui n’est introduit dans l’iconographie qu’à partir du 15ème siècle. La signification de cet animal a donné lieu à toutes sortes d’explications souvent fantaisistes qui montrent bien la faculté populaire de créer des légendes : « les moines qui quêtaient leur nourriture recevaient souvent du cochon » ou bien « St Antoine aurait vécu avec ce compagnon dans le désert, peut-être après avoir domestiqué un sanglier sauvage »… Emile Mâle a cherché l’origine de cette représentation : l’ordre des Antonins, créé en Dauphiné en 1095 était protégé par le roi. Les ordonnances de police qui défendaient habituellement l’errance des porcs dans les rues, firent une exception pour ceux appartenant aux moines. On pouvait les identifier avec une clochette attachée au cou. L’image s’est diffusée et transmise à travers les siècles, mais son sens se perdit. On retrouve pourtant une résurgence de cette tradition à Nice au 16ème siècle, où, selon les statuts de la ville confirmés en 1577, le vagabondage des cochons est interdit dans les rues « a l’exception du cochon de Monseigneur Saint-Antoine » qui devait appartenir au prieur de la chapelle du saint.

L’autre attribut souvent représenté est la béquille en forme de tau, le T représenté sur le manteau des frères, rappelant qu’ils consacraient leur vie aux infirmes.

A l’intérieur de la chapelle sont encore visibles trente scènes. La lecture se fait en partant du mur du fond. Chaque scène est présentée dans un encadrement orné de motifs en « godrons » et accompagnée d’un phylactère explicatif.

Le Mur du fond expose une Crucifixion étonnante où l’on perçoit déjà un sens de la perspective : Le Christ en croix apparaît sur un fond de paysage de verdure et de dégradé du bleu du ciel, entre Marie et Saint Jean. Marie-madeleine est agenouillée aux pieds du christ. Dans la partie centrale inférieure, saint Antoine est représenté sous un dais, entouré à gauche par Sainte Catherine d’Alexandrie et un évêque, à droite par un prêtre et sainte Brigitte.

Notre lecture se poursuit sur le mur de droite : au registre supérieur, de gauche à droite :
- La vocation de Saint Antoine : Antoine riche jeune homme, agenouillé, est béni devant une chapelle. Au lointain un arbre aux fleurs blanches et une montagne blanche se détachent sur un fond bleu nuit. Cette blancheur ne symboliserait t’elle pas la foi et la pureté du jeune noble ?
- Distributions des biens : toujours représenté en riche jeune homme, Antoine donne de l’argent et du pain aux pauvres et aux malades.
- Première tentation : à présent, Saint Antoine est vêtu en ermite, son bâton en forme de tau à la main. Il est tenté par le démon : à ses pieds, un plat rempli de pièces d’or.
- Exorcisme des idoles : en passant à proximité de la colonne où est placée l’idole, le saint fait un signe d’exorcisme.
- Deuxième tentation, la luxure : le diable se déguise en femme pour le tenter, mais relève sa robe et révèle ses pattes griffues.
- Rencontre avec le faune : A 90 ans il vit en songe Dieu qui lui donna l’ordre de rejoindre saint Paul, l’ermite centenaire.
- Saint Antoine et Saint Paul : ils joignent les mains, un corbeau leur apporte un morceau de pain, le corbeau nourrissait saint Paul tous les jours, le saint ne prenait pas d’autre nourriture.
- Prédication de saint Antoine : le saint enseigne à des hommes et des femmes.
- Mort de Saint Paul : deux lions creusent la tombe, alors que saint Antoine bénit saint Paul.
- Miracle des œufs : saint Antoine tient une louche dans laquelle se trouvent trois petits œufs au-dessus d’une marmite, cinq moines regardent la scène avec attention.

Mur de droite, registre moyen :
- Saint Antoine soigne ses frères : le saint présente un gobelet à l’un des deux frères couchés dans un lit en plein air.
- Construction du monastère et mise en place de l’ordre : saint Antoine prie, agenouillé, le maçon prépare son mortier et la caravane arrive. -Apparition de l’Ange : que vient-il lui annoncer ?
- Saint Antoine et les moines : un vieillard consulte l’un des abbé sur la nature humaine.

Mur de gauche, registre moyen :

La lecture est rendue difficile à cause de l’effacement des images :
- Un moine en prières sur la tombe de saint Antoine ?
- Le transport du corps de saint Antoine en Asie Mineure.
- Cortège funèbre.
- Office funèbre.

Mur de droite, registre inférieur :

- Mise au tombeau.
- Visite des pauvres au tombeau de saint Antoine. Les miracles :
- Apparition de saint Antoine et guérison d’un couple.
- Apparition de saint Antoine et résurrection d’un homme (pour qu’il dénonce son assassin).
- Apparition de saint Antoine pour arrêter un incendie.

Mur de gauche, registre inférieur :

- Dépeçage d’un cochon, la graisse de l’animal était l’unique remède pour soulager du feu de Saint Antoine (ou mal des ardents) : ergotisme gangreneux dû à la présence d’ergot de seigle dans la farine utilisé pour faire du pain.
- Application de graisse de porc sur le bras d’un malade.

L’évocation de la vie de saint Antoine était certainement un bel encouragement devant proposer le choix d’une vie exemplaire. Saint Antoine a résisté à la tentation, les fidèles devaient s’écarter du mal pour mener une vie vertueuse. On retrouve ici le thème des « vices et des vertus » qui habillait souvent les parois des chapelles afin que nul n’ignore le danger de la tentation.

Les vices :

- L’orgueil : Superbia, roi couronné monté sur un lion
- L’avarice : Avartia, un marchand avec une bourse dans chaque main
- La luxure : Luxuria, une femme sur un bouc.
- La colère : Ira, un jeune homme qui se poignarde.
- La gourmandise : Gula.
- L’envie : Invidia.
- La paresse : Pigritia, se prélasse sur un âne. Tous les vices sont reliés par une corde les uns aux autres et sont happés dans la gueule du léviathan.

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Christ de Douleur

Emplacement

Biot France 43° 37’ 35.9868" N, 7° 6’ 0.1548" E

Cette œuvre est mentionnée en 1604 comme retable du maître autel.

Le retable est composé d’un large tableau unique représentant le Christ entouré des instruments de la Passion, surmonté de trois compartiments figurant la Flagellation, les Outrages et au centre la Résurrection. Il n’y a pas de prédelle.

Le panneau central représente un Christ dans une architecture à la perspective marquée par le sol en damier et le plafond en poutres de bois. Les murs sont en brique aux dessins finement marqués. Le Christ tient le sceptre de roseau dans la main droite, et soutien la croix sur son épaule gauche. Deux anges soulèvent son manteau de riche brocart pour dévoiler son corps souffrant. Tout autour de lui sont disséminés les instruments de la passion, représentés dans le moindre détail.

La peinture est d’une très grande finesse et révèle un véritable maître. • Autres peintres • Biot

DEPOSITION

Emplacement

Rue Saint Bernardin ANTIBES France 43° 34’ 54.3324" N, 7° 7’ 29.7624" E

Selon Robert Latouche, l’œuvre aurait été commandée à Aundi en 1539 par le Frère Bernard « frater et dominus Bernardus heremita dicte ecclesie de Introvineis nominate ». Elle devait décorer la chapelle Notre Dame d’Entrevignes qui venait d’être peinte à fresque en 1536. Honoré Labande nous en donne une description :

« Cette œuvre est du plus haut intérêt non seulement par la beauté des femmes qui entourent le corps du Christ, mais aussi par la composition. Entre la ville de Jérusalem et le calvaire où les deux larrons sont encore attachés à leur croix, circulent de nombreux personnages de petite dimension à pied ou à cheval ; de la montagne du calvaire jaillit une source où s’abreuve un juif, il puise dans l’eau purificatrice l’assurance de la vie éternelle et de la régénérescence. ».

Ce retable était placé dans la chapelle Notre-Dame d’Entrevignes (Notre-Dame des Anges) à la Garoupe, chapelle aujourd’hui disparue. Honoré Labande suggère que la chapelle pourrait être celle de Sigale, toujours existante, mais cela est peu probable. Il émet d’ailleurs des doutes au regard du manque d’éléments qui expliqueraient le déplacement du tableau de Sigale à Antibes.

Bien avant la Révolution française le retable d’Aundi fut déplacé dans la chapelle de l’Hôpital mixte d’Antibes, propriété de l’administration de l’Armée à l’époque. Lors de la transformation de l’Hôpital en Maison de repos et de sa chapelle en réfectoire, Romuald Dor de la Souchère, conservateur au musée Grimaldi (aujourd’hui musée Picasso), enlève l’œuvre le 4 juin 1931 pour l’exposer, après restauration, dans une salle voûtée en forme de chapelle du château Grimaldi (réception officielle le 31 janvier 1933 en présence de Monseigneur Remond, évêque de Nice). La Déposition a désormais trouvé place dans la chapelle Saint Bernardin, récemment restaurée.

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ASSOMPTION

Emplacement

Rue Saint Bernardin ANTIBES France 43° 34’ 54.3036" N, 7° 7’ 29.532" E

L’œuvre représente une Vierge de l’Assomption entourée de six anges, couronnée par le Christ et Dieu le Père. Elle est peinte sur un panneau de bois, et constitue probablement le compartiment central d’un retable. Claire-Lise Schwok nous propose un historique de l’oeuvre : Le panneau a été presque entièrement repeint, (restauration en 1888 par Felon) et se trouve actuellement en très mauvais état. Brès (1906) et Bensa (1908) signalent qu’avant de repeindre le panneau, le restaurateur a ajouté deux tableautins au compartiment central et dessina sur celui de droite, le tableau dans son état de détérioration avec une légende : « Tableau votif de Notre Dame de la Garde d’Antibes. Peinture de 1513 dans son état de dégradation en 1888 ». Sur celui de gauche, il reconstitua le tableau dans son état primitif avec une inscription : « Reconstitution en 1888. Notre-Dame d’Août par M. Joseph Felon. Tableau votif peint en 1513 » et prit la liberté de supprimer divers anges ainsi que les apôtres. Il semblerait que Felon ait encore dessiné le retable avant de le repeindre.

Dans la partie inférieure est représenté un paysage maritime : à gauche, une vue de la plage et de la ville d’Antibes, à droite, un personnage barbu, probablement le donateur. Comme le souligne Felon en 1888 (Brès 1906), la place toute particulière accordée à cette figure confère au panneau un caractère d’ex-voto.

Bien que les documents permettant de se faire une idée de l’œuvre dans son état original aient disparu, il est décrit par Moris : « A la partie inférieure, une vue de la ville et de la plage d’Antibes et une inscription qui indique l’auteur, Antoine Aundi, et les donateurs : la ville et les consuls » (Moris, 1912).

Selon l’étude des textes de Brès, Bensa et Moris on retient donc que le panneau a été exécuté par Antoine Aundi. En faveur de l’identification de l’auteur, Labande signale en 1937 un texte découvert par Dor de la souchère qui était conservateur du musée Grimaldi, il s’agit d’un relevé par Maurice Muterse, donnant le nom de l’artiste. Quant à la date (1513), elle n’apparaît plus et Claire-Lise Schwok est d’avis avec Brès qu’elle n’a certainement pas été citée arbitrairement par le restaurateur Felon, mais qu’elle devait effectivement figurer sur le panneau d’origine.


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